jeudi 2 juin 2016

Excusons-les

J'ai vu une femme à demi-voûtée, pas si âgée, peiner à marcher.
Elle a pressé le pas devant moi en s'excusant machinalement, comme une ritournelle qui ponctue chacun de ses échanges au monde.
Elle traversait, je longeais.
Quand bien même j'aurais été pressé, elle ne me gênait pas.
Elle s'est excusée comme si elle l'avait fait sa vie entière.
S'excuser d'être là.
S'excuser de boîter, de ne pas aller assez vite
S'excuser d'être sur le chemin
Combien a-t-elle subi de reproches pour s'excuser comme ça ?
A force de se sentir coupable, en combien de morceaux s'est-elle coupée ?
Quelques mètres plus loin, aux frontons de quelques presses puis 20 mètres encore plus loin, sur les pieds de porte encombrant les trottoirs du rance océan de l'ouest presse du jour puis 10 mètres encore après sur les journaux gratuits des météos publicitaires se pavanaient les idolâtres morpions des maîtres de nos pensées.
Sans s'excuser.
Et même en rigolant, arrogants.
Et le midi dans les brasseries populaires attendant leur soupe métro bobo roploplo on parle des maîtres, et de leur morpions qui préparent le rôt de fous de bols, la tente à chères nos biles, ou les fesses t'y vas le deux dos vils, de cannes ou vivi nonon.
Et personne jamais ne parle de la femme à demi-voûtée qui s'excuse d'être née.

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